Un fablab à la campagne

L’un des premiers fablabs de France a été ouvert par des habitants de deux petits villages du Jura. L’imprimante 3D permet de réparer des objets du quotidien, et sert de prétexte pour recréer des liens.

Les villages de Biarne et Jouhe, dans le Jura, ont longtemps fait partie de ces zones rurales où l’installation d’une connexion à internet n’était pas jugée prioritaire. Dans les années 2000, un collectif se forme pour revendiquer l’accès à la toile et préparer les habitants à son utilisation. «  La bibliothèque de Jouhe avait accès à 512 ko, ce qui était déjà énorme pour les habitants  » se souvient Pascal Minguet, l’un des fondateurs de l’association Net Iki (Net Ici en jurassien). «  On a organisé des ateliers tous les samedis matins pour aider les gens à aller sur internet.  » Quand la zone est finalement connectée au réseau, en 2008, le collectif décide de ne pas en rester là.

fablab-jura-imprimante3DA l’époque, Pascal Minguet, qui travaille comme consultant, intègre un groupe de prospection numérique en Franche-Comté. Il s’intéresse aux fablab, ces ateliers où l’on expérimente une autre manière de produire grâce à l’outil numérique. «  En 2009, il y en avait 35 dans le monde et aucun en France  », rappelle-t-il. Aux côtés de Toulouse, Nantes, Nancy et d’une poignée d’autres villes, les villages de Biarne (360 habitants), et Jouhe (550 âmes) auront leur fablab. Alors que les commerces et cafés locaux ont fermé boutique, l’association installe dans l’ancienne école ses ateliers d’informatique et son imprimante 3D, qui permet de fabriquer à moindre coût toutes sortes de pièces en matière plastique.

«  On ne peut pas faire tout seul  »

«  On trouve à la campagne beaucoup d’objets qu’on ne peut pas réparer parce que le constructeur a disparu  », souligne Pascal.

« Un broyeur de papier, les éléments d’une fenêtre… Un jour, une dame de 70 ans est venue nous parler de son four qui marchait très bien, mais dont le bouton était cassé. On lui a fabriqué un nouveau bouton… et elle nous a offert un gâteau. »

Le fablab permet aussi de développer localement des objets utiles, comme ce support permettant de fixer un talkie walkie au guidon du vélo d’un enfant, pour pouvoir le guider. «  C’est un papa qui en a eu l’idée, pour son fils de trois ans. Maintenant, tous les mômes du village en ont un  !  »

Cette «clientèle» villageoise est complétée par des designers, des architectes, des étudiants, et par des groupes de recherche et développement venus des villes de la région, qui utilisent le fablab dans un cadre professionnel. L’association travaille également avec des élèves de BTS. «Les gens du village viennent avec un objet, et les étudiants transforment son usage en lui ajoutant une pièce», explique Pascal. Car l’atelier est avant tout prétexte à récréer des liens  : 

« L’avantage d’un fablab, c’est qu’on ne peut pas faire tout seul. Il faut coopérer. Du coup les gens échangent des graines, partagent du matériel, font des achats collectifs… On a même organisé un atelier de greffe de pommiers.  »

Source : L’âge de faire

Laisser un commentaire