Discours de François Cotrel pour les paradoxales funérailles de l’Embarquement

Discours du 28 septembre 2014 pour la cérémonie funéraire de l’embarquement, base bucolique de création et de restauration atypique crée par le Vaisseau Tomate de Marie Séchet sur les bords du Louët à Mûrs-Érigné.

Le corps symbolique du resto-yourte végétarien est transporté par des pleureuses sous un dôme pour y être célébré par des chants et des textes divers. Le dernier poème écrit et lu par Gersende se termine par ces mots « Mort aux cons ! » La musique de Dark Vador retenti et le candidat François Cotrel se dirige vers son pupitre en saluant la foule. Il est cerné de près par trois vigiles aux aguets.

François Cotrel : »Merci à tous. Bonjour. L’intervention de cette charmante créature me rappelle cette anecdote sur le Générale de Gaulle en 68 qui passait devant un char sur lequel était tagué, sans doute par un hippie anarchiste, « Mort aux cons ! » Voyant cela, le Général avait répliqué : « Vaste programme ! »… Qui de plus indiqué que le héros de la résistance pour nous ouvrir les portes cette cérémonie funéraire. En effet, la fin de l’embarquement, qu’est-ce sinon le débarquement ? Et ce lieu infiniment subtile de nous débarquer sur un de ces merveilleux paradoxes dont il a le secret.

L’Embarquement a toujours entretenu avec la politique des relations étroites et ambiguës. Et finalement, la politique aura eu raison de ce projet. Car c’est une décision politique qui a scellé son sort, une décision inique, partiale et étroite que je récuse avec la plus grande vigueur ! Je récuse ! À l’instar d’Émile Zola, « je n’ai qu’une passion, celle de la lumière, au nom de l’humanité qui a tant souffert et qui a droit au bonheur. Ma protestation enflammée n’est que le cri de mon âme. »

Que l’on ne s’y trompe pas, malgré les vagissement mystico délirant de cet homme en soutane (il désigne le prêtre psychédélique qui a sévit pendant la cérémonie précédant le discours), il s’agit bien ici de funérailles politiques. Oserai-je rappeler que parmi toutes les formes de pressions intellectuelles, sociales ou morales que l’équipage du Vaisseau Tomate a dû subir, les pressions politique sont certainement celles dont les effets se sont révélés les plus dévastateurs, nous le constatons aujourd’hui.

Pour autant, il nous faut reconnaître que c’est aussi une décision née d’une volonté politique qui a ouvert les portes de l’espace publique à l’implantation de l’Embarquement.

Je voudrais ici saluer l’engagement et la ténacité de l’équipage de ce vaisseau, qui, pris en sandwich entre les voyous et la police, a su garder le cap sans jamais se départir de son humour et de son humanité. Pour avoir osé proposer un espace ouvert de création artistique, d’expérimentation social et d’avant-gardisme culinaire, Marie et ses alcooliques…acolytes pardon, ont subit les pires affres. Ils ont tenu bon dans la tempête, malgré les pillages, les saccages, les attentats, les vols, les médisances et les violences physiques. « Qui a le droit, qui a le droit, qui a le droit de faire ça ??!! », clamait déjà en son temps l’impétueux Patrick Bruel. Mais ce lieu porte en lui les gènes de la révolution et du martyre. Le jour où j’ai vu brûler l’armée de fantômes sur les bords du Louët, j’entendais au loin les cris des 600 soldats parisiens venu à Mûrs pour défendre la révolution, massacré sur la roche par 30000 Chouans assoiffés de sang. Vous aussi vous avez payé le prix de votre combat contre l’obscurantisme et pour l’ouverture des consciences !

Mais au delà de la colère de voir disparaître cet oasis de bonheur, il nous faut retenir les merveilleux moments de vie que chacun d’entre nous a passé ici. Non, cette épopée ne sera par marqué par le tragique mais bien par le rêve et l’humour, la curiosité et les découvertes, la convivialité et le plaisir de partager. Nous garderons tous des souvenirs inoubliables de certains moments passés ici. Moi-même, je me souviens de cet après midi où tu m’avais invité, Marie, à prendre un thé devant ta caravane. J’avais renversé toute ma tasse sur mon pantalon…tu avais ri !…(flop) Des moments intenses comme celui-là, chacun en a vécu ici, avec vous et pour cela, nous vous remercions !

La réussite de ce lieu tient en quatre points :
– Une occupation de l’espace publique originale dans un décorum soigné et bigarré
– Une équipe dont le sérieux et la droiture ne sauraient être mis en question.
– Des propositions gustatives pleines de surprises, servies avec humour et philosophie.
– Une programmation artistique et culturelle variée, riche et accessible à toutes… et à tous aussi dans la plupart des cas. Spectacles, concerts, expositions, performances, débats on jalonné cette épopée, faisant de l’Embarquement un acteur majeur dans la politique culturelle locale

Souvenez-vous du Holi festival, Indian colors, fabuleux, du concert de Fantazio, démentiel, de la ladyfest… Ah, la Ladyfest, un grand moment auquel je n’ai pas pu assister,  je donnais une conférence rémunérée en Azerbaïdjan. Cet événement, qui résonnera comme un tournant décisif, marquera à jamais l’histoire de Mûrs ! C’est à cette occasion que… » BANG BANG BANG !!!

Trois coups de feux retentissent. Deux balles viennent se ficher dans le pupitre du candidat et déchirent son affiche. Les vigiles plaquent François Cotrel à terre pour le protéger.

François Cotrel : »Protégez-moi, au secours, maman! »
Un vigile : »On a tiré sur le candidat Cotrel ! »
Un spectateur : »Mais que fait la police ?? »

Après avoir vérifié auprès de ses gardes du corps qu’il n’y avait plus de dangers, le candidat Cotrel reprend sa place à la tribune.
« Laissez, messieurs ! Allez, visez droit au cœur car c’est bien là que se trouve notre force ! Vous vouliez éprouver ma détermination ? Et bien elle est totale!

Et qui que vous soyez, acronymes en trois lettres répugnantes, du GUD, de la BAC, du MPT, de l’UMP ou du PSG, vous ne nous faites pas peur!
Je savais qu’en venant ici, je risquais ma peau. Mais s’il faut se sacrifier pour la liberté et la justice, je me sacrifierai, et je marcherai dans les pas de mes illustres prédécesseurs : Martin Luther King, Gandhi, Lumumba, Jaurès ou Ché Guevara. »

Un de ses vigile a visiblement pris la troisième balle dans la jambe. Il tient sa cuisse en sang avec ses deux mains pour se faire un semblant de garrot. On sent qu’il tient à rester à son poste coûte que coûte. Il se mord les lèvres mais ne peut réprimer quelques petits gémissement de douleur. Parfois le candidat s’interrompt, le regarde avec condescendance puis lui claque une violent tape amicale sur l’épaule en lui intimant de tenir bon. Et l’autre de gémir de plus belle.

« Mon engagement pour ce lieu m’impose d’accueillir au sein de mon Parti, de notre mouvement, l’esprit inventif et éclairé qui l’habite. Pour que les graines qui y ont été plantées puissent donner leurs fruits et que nous avancions ensemble sur ce chemin qui nous est commun !
Depuis le début, les corrélations entre L’Embarquement et le Parti de Campagne sont troublantes.
Quand je sens entrer en moi l’esprit de l’Embarquement, j’ai envie de courir nu sur les bord du Louët en croquant une carotte bio.

D’ailleurs, ce resto en bord de rives ne fait elle pas songer au guinguettes des bords de Marne, aux parties de campagnes qui inspirèrent Manet, Maupassant ou Renoir… ? Ces parties de campagnes récréatives pour les ouvriers, le parti de campagne veut s’en faire l’écho dans son fonctionnement. Je porterai cet espoir d’une politique récréative, une vraie politique du dimanche.

A travers notre mouvement pourront s’exprimer les aspirations de l’Embarquement. Et j’irai même encore plus loin, en créant une cuisine dédiée aux minorités non visibles ; Non seulement seront proposés des menus vegan pour les végétariens mais aussi des plats exclusivement à base de champignons pour les mycellogan. J’aurai, cela va sans dire, une attention toute particulière pour les kryptogan, les raiegan, les cathogan, qui bouffent surtout du curé où les coprogan, qui ne mange que de la m… ah, non, c’est vrai, les coprogan c’est pas la peine, il y a déjà des McDo dans le coin !
Quand aux freegan, qui ne se nourrissent que d’aliments qui n’ont pas étés achetés, un buffet leur sera dressé à côté des poubelles.

En ce qui concerne les événements culturels, je saurai reprendre le flambeau de cette programmation exigeante en organisant par exemple une uglyfest, où seuls les moches pourraient venir festoyer et participer à des ateliers, des conférences et des performances qui leurs seront dédiés.
J’avais aussi pensé à l’agoraphobicfest, avec une personne tous les dix mètres ou l’anorexiquefest mais cela risque de ne pas être très rentable.

Je vous propose donc de reprendre l’esprit de l’Embarquement pour le fondre dans ce grand mouvement de société né lors des dernières élections municipales! Aussi, lors des futures élections cantonales, je vous invite à élire des conseillers généreux qui se présenteront sous l’étiquette du Parti de Campagne.

Vous voulez faire perdurer les idéaux véhiculés par l’Embarquement, votez Parti de Campagne ;
Vous voulez manger sain, bio, local, équitable, votez Parti de Campagne ;
Vous voulez des toilettes sèches mais pas rêches, votez Parti de Campagne ;
Vous voulez voir des femmes à poix…, je veux dire en robes à poix, votez Parti de Campagne ;
Vous voulez des yourtes natures, votez Parti de Campagne ;
Vous voulez des terrines de poils, votez pâté de campagne ;
Vous voulez que l’esprit de l’Embarquement survive au delà des frontière de Mûrs-Érigné, votez Parti de Campagne… »

Le corps symbole de l’Embarquement se met à bouger sous son linceul. Il frissonne, vrombit, grogne, éructe puis se lève devant l’assistance médusée. Marie, la grande manitou du lieu sort de sous le voilage. Elle est nue, entièrement peinte en bleu et hurle en direction de François Cotrel : « Récupération! Récupération! » Le candidat du Parti de Campagne se fait tout petit puis disparaît sous son pupitre.
Marie emmène le public à sa suite sur la plage du Louët pour mettre à l’eau le radeau du vaisseau Tomate, qui s’en va continuer ses aventures vers d’autres rivages.

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